ESPERANTO - GENEVE - REGIONS



SPECIALAĴOJ

SPECIAL AĴOJ



UN Special - Octobre 2004. la revue des fonctionnaires internationationaux
(version abbrévée)



Une solution juste au problème des langues

L'espéranto

Charmian Common - ex-membre du personnel de l'OMS

- L'espéranto - je croyais que ça n'exisait plus.
- C'était une bonne idée. Dommage que ça n'ait pas marché.
- Oh, l'Espéranto! C'est super, vous devriez en parler plus.
- Mais ça n'a pas de culture.
- ça n'a pas beaucoup de vocabulaire en fait!

Voilà quelques-unes des remarques que nous avons entendu pendant le Salon du Livre de Genève, où le groupe local d'Espéranto avait un petit stand au bout du Village Alternatif.

En fait, loin de disparaître, l'Espéranto connaît une grande résurgence surtout due à l'Internet. Il y a beaucoup de sites très actifs et certains proposent des cours gratuits pour débutants et un service de correspondance qui permet de communiquer avec des espérantistes dans le monde entier. L'Espéranto a plus de 100 ans et c'est vrai que sa popularité a été variable au fil des ans. La suprématie de la langue anglaise est généralement présentée comme la cause de son manque de succès, cependant on admet de plus en plus qu'en fait l'anglais n'est pas parlé aussi universellement qu'on le prétendait et de plus l'anglais est une langue très difficile à apprendre.

Je me suis intéressée à l'Espéranto comme moyen de communication dans les organisations internationales - en particulier mon ex-employeur l'OMS - parce que c'est un problème apparemment si compliqué. Les experts que travaillent à l'OMS sont généralement des spécialistes dans des domaines de santé précis et ne sont pas forcément des linguistes. Ils doivent beaucoup voyager et ce serait difficile pour eux de suivre régulièrement des cours de langue. J'ai donc décidé d'aller voir de plus prés cette langue pour me rendre compte si elle était vraiment facile à apprendre, et, à ma grande surprise, j'ai découvert une langue très attrayante avec une belle grammaire splendidement logique - c'est bien la première fois qu'une langue me fascine par sa grammaire! L'Espéranto est un jeu, une langue amusante - elle a un humour bien à elle, et c'est rare de discuter en espéranto sans beaucoup rire.

Après avoir terminé le cours gratuit de 10 leçons sur Internet, j'ai décidé de chercher si il y avait des Espérantistes près de chez moi et avec l'aide de l'Internet j'ai découvert qu'il y avait un groupe local, Esperanto-Grupo La Stelo Genève, qui se réunit une fois par mois, et des cours à l'Université Populaire de Genève pour débutants et intermédiaires. Après mon cours sur Internet, j'ai pu intégrer le cours intermédiaire. A la fin de l'année scolaire, comme nous devions faire face à 4 mois de vacances, j'ai proposé d'organiser un cours hebdomadaire de conversation pour débutants parce que j'avais besoin de faire du progrès en oral, et j'ai aussi assisté à un cours de 6 jours en immersion totale en Grande Bretagne. J'y ai pris beaucoup de plaisir - le groupe de conversation a beaucoup aidé et il continue à se réunir deux ans plus tard.

C'est vrai que l'Espéranto est facile à apprendre - il n'y a pas d'exceptions et une fois que vous maîtrisez les règles et une certaines quantité de vocabulaire vous pouvez utiliser la langue simplement en respectant les règles. Je dirais qu'au bout d'un an j'étais arrivé à un niveau où je pouvais comprendre, lire et écrire la langue avec facilité et parler suffisamment bien pour soutenir une conversation sur n'importe qu'elle sujet sans revenir au français ou à l'anglais. Finalement, j'ai découvert qu'il y a un groupe de conversation plus avancé à Genève, dirigé par un très éminent espérantiste, que nous avons la chance d'avoir comme voisin - Claude Piron. Certains d'entre vous se souviennent sans doute de lui puisqu'il a été interprète/traducteur aux Nations Unies et à l'OMS. Il a écrit de nombreux libres directement en Espéranto, y compris des livres destinés à l'apprentissage de la langue.

Il y a beaucoup de réunions et congrès d'espérantistes dans diverses parties du monde, le plus grand étant le Congrès Universel Annuel. Je suis allé à celui de l'année dernière (2003) à Göttenburg en Suède et c'était une expérience magique - être dans un groupe d'environ 2,000 personnes venant de 62 pays et pouvoir communiquer avec tout le monde - je pouvais parler avec des gens venus du Japon, de Chine, de Rusie, d'Italie, de Suède, de Norvège, de Finlande, pour n'en citer que quelques-uns - exactement comme si j'avais un poisson-Babel dans l'oreille! (Voir Le Guide de la Galaxie pour l'autostoppeur de Douglas Adams - les voyageurs intergalactique glissait un poisson-Babel dans l'oreille et ainsi pouvait communiquer avec les autres habitants de la galaxie). La meilleure chose, c'est que, si quelque chose coince, tout le monde s'aide mutuellement à trouver le mot juste ou la bonne forme grammaticale - vous ne vous sentez pas idiot parce que personne ne joue à l'expert.

L'Espéranto est une langue très souple et pratique - l'accent est mis sur l'utilisation de la langue comme moyen de communication et donc on attend de vous que vous l'utilisiez tout de suite - on fait peu de concessions aux débutants! Cela ne veut pas dire que l'Espéranto n'a pas aussi une culture - bien au contraire! Il y a une littérature très riche qui comprend de la poésie, de nombreux romans, y compris de la science fiction et des romans policières écrits directement en Espéranto, et aussi d'excellentes traductions, par exemple Hamlet (traduit par Zamenhof en personne), Le Chien des Baskervilles (traduit par William Auld, un très eminent écrivain écossais), Le Petit Prince, Le Grand Meaulnes, Tintin et Astérix. C'est aussi une ouverture vers des oeuvres littéraires qui ne sont pas disponibles en traduction française ou anglaise. J'ai ainsi découvert quelques écrivains scandinaves et orientaux. On peut aussi constater l'esprit pratique de la langue: à ce jour plus de 1,000 lexiques spécialisés ont été publiés.

Il a été prouvé que les enfants qui apprennent l'Espéranto ont plus de facilité à apprendre d'autres langues - Claude Piron a commencé à apprendre l'Espéranto à 12 ans et a ensuite appris le chinois (parmi d'autres langues) après que son intérêt ait été éveillé par un jeune Chinois avec qui il correspondait en Espéranto. Le groupe de Genève a été invité à présenter une petite exposition dans une école de Genève en juin dernier, à l'initiative d'une enseignante qui avait visité notre stand au Salon du Livre. Elle veut promouvoir l'introduction de l'Espéranto dans les écoles dès l'âge de 7 ans, avant que les enfants ne soient aux prises avec l'allemand et l'anglais - deux langues très difficiles qui amènent souvent des blocages chez les enfants qui n'ont pas une facilté naturelle pour les langues.

L'Union Européenne a maintenant 20 langues "officielles" et un énorme budget est consacré à la traduction et l'interprétation. Il semble que l'anglais devienne la langue de communication, se qui veut dire que beaucoup de gens sont désavantagés parce que ce n'est pas leur langue maternelle. Les erreurs de traduction et d'interprétation sont nombreuses, ce qui n'est pas surprenant avec une langue aussi versatile. Quand même, cette situation n'est pas juste, n'est-ce pas? Les Nations Unies sont mieux lotties avec "seulement" 6 langues officielles. Est-ce que nous apprécions notre chance : nous avons une autre option - l'Espéranto existe et est déjà utilisé par des millions de gens dans tous les pays du monde et, à presque 120 ans, il arrive sûrement à l'âge adulte.

Traduite de la version anglaise par Marie Zoller

L'article complet en anglais



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